IN THE SOUP
D'ALEXANDRE ROCKWELL

UN FILM
d'Alexandre Rockwell


AVEC
Steve Buscemi, Jennifer Beals, Seymour Cassel, Sam Rockwell, Stanley Tucci, Jim Jarmusch, Carol Kane, Debi Mazar, Will Patton, Pat Moya, Michael J. Anderson


L'HISTOIRE
Aldolfo Rollo, metteur en scène en herbe, rêve de réaliser de grands films mais n'a même pas de quoi payer son loyer. Désespéré, il passe une annonce pour vendre les 500 pages épiques de son scénario au plus offrant. Contre toute attente, un malfrat, Joe, l'achète....


ALEXANDRE ROCKWELL

Confronté à de grandes difficultés en tant que jeune cinéaste à New York, le scénariste-réalisateur Alexandre Rockwell se retrouvait dans une situation délicate : il raconte avoir été complètement fauché, au point de vendre son saxophone pour acheter davantage de pellicule. Un dealer nommé « Joe » répondit alors à l’une de ses petites annonces.

L’homme se prit d’affection pour lui et lui proposa généreusement de financer son premier film, Lenz. Rockwell s’est « librement inspiré » de cette rencontre improbable pour créer le duo singulier formé par un gangster et un jeune rêveur, tous deux plongés dans la terre fertile du Lower East Side new-yorkais à la fin des années 80. Né en 1956 à Boston, Alexandre Rockwell s’installe à New York à la fin de son adolescence et s’associe rapidement à la scène cinématographique indépendante No Wave, un mouvement de cinéma underground et radical qui émerge à New York entre 1976 et 1985.

Ce groupe de jeunes cinéastes privilégiait une esthétique brute et spontanée, qui tournait dans l’urgence, loin des infrastructures traditionnelles. C’était une forme de cinéma de guérilla : réaliser sans autres ressources que la liberté totale, valorisant l’énergie, l’improvisation et l’intimité, captée dans des atmosphères jusque-là cachées. À l’image de la musique No Wave, son pendant sonore. 

Rockwell adopte cette intuition fondamentale : filmer ce que l’on a sous la main, embrasser les aspérités de la réalité avec une énergie audacieuse et exubérante. 

Avec In the Soup, Rockwell étend l’héritage du mouvement No Wave pour englober une part plus large de l’humanité — ne se limitant pas à braquer sa caméra sur ses contemporains, mais emmenant son objectif dans les profondeurs du monde qui l’entourait.

La ville apparaît comme une matière vivante, les marges comme un décor naturel, et une croyance persiste dans son travail : un film peut naître de presque rien, hormis la volonté de l’artiste, sa fascination et sa pure inventivité.





QU’EST CE QUE
IN THE SOUP ? 

In the Soup d’Alexandre Rockwell suit les déboires d’un jeune new-yorkais, qui rêve de créer un film indépendant et exigeant, loin des codes de l’industrie cinématographique. 

Il vit dans l’illusion de la philosophie, de la littérature et du cinéma européen. Or, il habite dans les États-Unis des années 90, où le « Rêve Américain » s’est transformé depuis la fin des années 70 en impasse, et où la création artistique se heurte à la précarité et au cynisme.

Ceux qui travaillent dur, à l’instar de la voisine du protagoniste, Angelica, ont du mal à joindre les deux bouts, et ceux qui, comme Aldolfo, ne croient plus en rien, préfèrent attendre dans leur canapé qu’un miracle leur tombe dessus. Malgré les petits boulots ingrats - récurer des toilettes, nettoyer des poubelles - Aldolfo ne perd jamais de vue son objectif : créer son chef-d’œuvre. Aldolfo est assailli par le doute, les difficultés financières et un amour impossible pour sa voisine Angelica (interprétée par Jennifer Beals).

Dans son esprit, elle est l’actrice idéale pour incarner le rôle principal de son futur film. Dans un geste désespéré, il publie une petite annonce pour vendre son scénario au plus offrant. Ce miracle est incarné par un mafieux, Joe, qui vole, braque, extorque, mais le fait « pour l’art ». Aldolfo, s’il oppose sa grandeur morale aux actions de Joe, va tout de même suivre ce dernier, faire partie d’un système malhonnête et devenir lui-même un voyou. 

Alexandre Rockwell :
« L’appartement “railroad” de l’East Village, où vit Aldolfo, se trouve dans un immeuble peuplé de personnes venues du monde entier, unies par une même condition : la pauvreté, et le désir d’offrir une vie meilleure à leurs proches. Aldolfo croise souvent sa magnifique voisine dominicaine, Angelica, qui embrase son imaginaire ; en secret, il façonne pour elle le rôle parfait dans son futur chef-d’œuvre. 

D’abord, Aldolfo résiste au mépris flagrant de Joe pour la loi, mais finit par céder à son confort, à son charisme envahissant. Il est happé par la face sombre de la vie criminelle, et la pureté de ses ambitions artistiques s’en trouve menacée. Le danger et l’excitation d’une existence hors de toute règle deviennent une menace directe pour son rêve de réaliser un film. 

Au fond, In the Soup est une exploration de la passion créative et des extrêmes auxquels les artistes sont prêts à se confronter pour donner vie à leur vision.
La détermination inébranlable d’Aldolfo à faire son film guide le récit, tout en interrogeant l’intégrité artistique – et en nous entraînant dans une virée débridée à travers les recoins cachés de l’humanité électrique et tourbillonnante du Lower East Side des années 80. » 


Affilié à la scène No Wave, Rockwell signait avec ce film un bijou du cinéma indépendant, porté par des comédien*nes qui montrent l’étendu de leurs talents.

 Lauréat du Grand Prix à Sundance en 1992, In the Soup a connu un succès critique à sa sortie avant de sombrer dans un relatif oubli. 

Vingt-cinq ans plus tard, la société Factory25, dirigée par Matt Grady, a initié une restauration 4K grâce à une campagne participative, permettant au film de retrouver toute sa puissance visuelle. Tourné sur Kodak 5369, une pellicule rarement utilisée, choisie pour son noir et blanc panchromatique au contraste singulier, le film possède une esthétique unique, rythmée par la bande originale de MADER. 

Derrière son humour, In the Soup aborde des thèmes toujours d’une grande actualité : la détresse amoureuse, la misère économique, la corruption du milieu artistique, la violence de classe et de genre, à une époque où Harvey Weinstein devenait l’un des hommes les plus puissants du cinéma mondial. 
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