Confronté à de grandes difficultés en tant que jeune cinéaste à New York, le scénariste-réalisateur Alexandre Rockwell se retrouvait dans une situation délicate : il raconte avoir été complètement fauché, au point de vendre son saxophone pour acheter davantage de pellicule. Un dealer nommé « Joe » répondit alors à l’une de ses petites annonces.
L’homme se prit d’affection pour lui et lui proposa généreusement de financer son premier film, Lenz. Rockwell s’est « librement inspiré » de cette rencontre improbable pour créer le duo singulier formé par un gangster et un jeune rêveur, tous deux plongés dans la terre fertile du Lower East Side new-yorkais à la fin des années 80. Né en 1956 à Boston, Alexandre Rockwell s’installe à New York à la fin de son adolescence et s’associe rapidement à la scène cinématographique indépendante No Wave, un mouvement de cinéma underground et radical qui émerge à New York entre 1976 et 1985.
Ce groupe de jeunes cinéastes privilégiait une esthétique brute et spontanée, qui tournait dans l’urgence, loin des infrastructures traditionnelles. C’était une forme de cinéma de guérilla : réaliser sans autres ressources que la liberté totale, valorisant l’énergie, l’improvisation et l’intimité, captée dans des atmosphères jusque-là cachées. À l’image de la musique No Wave, son pendant sonore.
Rockwell adopte cette intuition fondamentale : filmer ce que l’on a sous la main, embrasser les aspérités de la réalité avec une énergie audacieuse et exubérante.
Avec In the Soup, Rockwell étend l’héritage du mouvement No Wave pour englober une part plus large de l’humanité — ne se limitant pas à braquer sa caméra sur ses contemporains, mais emmenant son objectif dans les profondeurs du monde qui l’entourait.
La ville apparaît comme une matière vivante, les marges comme un décor naturel, et une croyance persiste dans son travail : un film peut naître de presque rien, hormis la volonté de l’artiste, sa fascination et sa pure inventivité.




